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11 fév

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Portrait de Jean-Marie Schaeffer, membre d’une association apicole locale

11/02/2015 | Publié par |

Rencontré par notre équipe lors du Congrès de l’Apiculture Française à Colmar, Jean-Marie Schaeffer est un apiculteur amateur membre de l’association Apimoder, qui partage sa passion à travers l’installation de ruches en entreprise (opération « BeeToB »).

Nombre de ruches : 15
Lieu : MERTZWILLER, Alsace

D’où vient votre passion pour l’apiculture ? Comment êtes-vous arrivé à l’exercer ?

J’éprouve une fascination pour l’abeille, pour son organisation sociétale, son mode de vie, sa dépendance de l’environnement et de la biodiversité, son lien étroit avec la nature, mais également pour la conduite du rucher et les produits de la ruche.

J’ai débuté en 2012 avec 3 ruches. C’est en visitant un rucher il y a une dizaine d’années que j’ai eu en quelque sorte « ma première piqure », mon coup de foudre, cette première fascination. Mais l’appréhension, le manque de disponibilité, l’absence de formation et de tutorat m’ont fait différer le démarrage. Lorsqu’une opportunité de formation s’est présentée et également que mon plan de départ en retraite s’est précisé, que je me suis donc lancé dans cette passionnante aventure. J’ai suivi une formation théorique et pratique pour apiculteur amateur et acquis le premier équipement assez complet pour le rucher et pour la récolte-extraction. Je me suis largement documenté, avec une grande curiosité, pour approfondir la technique et la conduite du rucher.

Partagez-vous votre passion avec votre famille, vos amis ?

Tout à fait, avec mes amis, sur Facebook, mais également avec les membres d’une association apicole locale créée récemment et dont je fais partie, en tant que membre du comité. Je participe à l’organisation des formations, des manifestations et autres actions assurées par l’association et gère son site web. Rapidement j’ai fait connaissance avec les structures régionales apicoles, rencontré les agents et responsables et assisté aux différentes conférences, manifestations organisées par les autres associations et syndicats.

En 2013, j’ai placé pendant une partie de la saison des ruches sur le toit d’une maison de retraite dans le cadre d’une action communale. Lors de mon départ en retraite professionnelle, j’ai mis en place avec mon entreprise et employeur un partenariat de rucher en Entreprise pour créer un soutien aux abeilles, mais également développer des actions en lien avec l’environnement, des animations, des points d’intérêt pour les salariés, un relationnel entre l’entreprise et ses salariés par des thèmes hors business, dans le cadre d’un projet de RSE (Responsabilité Sociétale d’Entreprise). Je gère et anime directement ce partenariat : placement de 2 ruches avec une animation de 6 événements au courant de l’année (mise en place, création d’un groupe de travail, exposition, récolte, extraction, mise en place de ruches décoratives, distribution de miel avec dégustation). L’entreprise est une PME avec son site principal de production implanté sur 12 hectares, dont 40 % d’espaces verts. En 2015, l’effort sera porté en plus sur le développement de la biodiversité et de plantes mellifères sur le site, mais également le développement de la politique de protection environnementale.

Parallèlement à la technique, je m’intéresse également beaucoup, par extrapolation, à l’aspect comportemental des abeilles, à la similitude ou différence d’organisation et de comportement abeilles-humains sur l’aspect sociétal et sociologique, l’organisation sociale et économique, sur les modèles et leçons à en tirer,… Ce que nous révèlent les abeilles en somme !

Quelles sont les principales contraintes du métier selon vous ?

Indiscutablement la précarité due aux aléas saisonniers, et être tributaire de la fragilité des abeilles. Il faut également avoir une grande disponibilité. C’est un apprentissage long, avec une grande diversité de méthodes possibles, un niveau de technicité élevé, et des revenus irréguliers. Mais on pourrait aussi parler de la contrainte environnementale, du coût de l’installation, du dumping des prix du miel,…

Comment cette année apicole s’est-elle passée pour vous ?

Moyenne à médiocre : une saison très variable pour les ressources et un essaimage important, difficile à maitriser. Je dirais une production à 30 % de la normale. Avec 7 ruches productives en début de saison 2014, et par la suite les essaimages, et différents essais pour compléter ma formation et mon expérience, j’ai nettement augmenté mon cheptel tout en assurant une petite production de miel avec une moyenne de 13 kg par ruche.

Que faites-vous pour la santé de vos colonies ?

Un suivi sanitaire régulier et un traitement anti-Varroa. J’essaie d’avoir une certaine rigueur dans la conduite des ruches et les pratiques d’hygiène. J’ai un tableau d’observation et de diagnostic à portée de main et un registre d’élevage apicole du GDSA à jour. Un contact régulier avec un agent sanitaire me permet d’être attentif aux risques.

Lors des interventions au rucher, je prépare avec soin mon matériel et le maintiens toujours propre. J’ai débuté avec un équipement neuf et optimisé pour l’entretien régulier et facile (nettoyage des fonds, contrôle du plateau, observation, etc.). L’extraction et le conditionnement du miel sont réalisés avec soin et propreté également.

Le traitement Varroa est fait avec un médicament avec AMM, placé en fin de saison (fin Août), après la récolte. Je pense que je vais traiter à la prochaine saison une partie de mes ruches avec un autre médicament, ayant été autorisé très récemment, afin de mieux connaître ce produit. Les hausses et les cadres ont été nettoyés et soufrés en fin de saison.

Lorsque je dois faire du nourrissement, je le fais avec un sirop inverti de qualité.

Pensez-vous avoir encore beaucoup à apprendre sur l’apiculture ?

Oui, notamment sur des domaines spécifiques tels que l’élevage de reines, la production de propolis, mais également sur l’optimisation de la conduite et l’application de nouvelles techniques, voire même des conduites différentes de rucher (rucher bio, modèles de ruche, etc.). Les domaines de l’apiculture sont vastes et variés, mais à mon niveau je voudrais rester dans une conduite de rucher raisonnable et respectueuse autant des abeilles que de l’environnement. Je voudrais progresser encore dans la maîtrise de l’environnement en développant une prairie mellifère et une diversité environnementale autour du rucher.

Par ailleurs je veux également affiner mes connaissances et ma pratique en allant suivre une formation en Allemagne, toute proche.

L’apiculteur doit suivre régulièrement les actualités apicoles et les évolutions. La difficulté réside dans les choix à faire dans la diversité des solutions et dans les innovations. L’abonnement à des revues apicoles, à des groupes de réseaux sociaux et des newsletters de sites est indispensable. La grande diversité de l’apiculture au niveau amateur permet d’entretenir la curiosité, et forcément la passion partagée !

Sur un autre plan, n’oublions pas non plus la diversité d’usage des produits de la ruche (cire, propolis, pollen), notamment l’usage culinaire du miel. D’agréables découvertes à faire…

Quel est votre regard sur la filière apicole française ?

Je pense qu’elle nécessite une organisation plus structurée, un soutien plus important à travers une promotion et des actions médiatiques. Il faudrait également une valorisation des produits, par exemple en promouvant les miels régionaux (comme cela est déjà fait pour le vin), un appui technique, et une standardisation des bonnes pratiques apicoles. Selon moi, il manque un plan stratégique, concret et pratique pour favoriser le maintien et le développement des cheptels, tout en combattant les causes du déclin.

Comment voyez-vous l’avenir, pour votre activité et pour l’apiculture en général ?

Mon activité restera au niveau amateur, sans rentabilité, mais avec un engagement associatif et une progression dans les techniques apicoles. Pour l’apiculture en général, je dirais qu’il faut favoriser l’apiculture amateur et vivrière, raisonnée et respectueuse.

Quels conseils donneriez-vous aux nouveaux apiculteurs qui lancent leur activité ?

Je leur conseillerais de monter un plan stratégique de développement à 5 ans afin d’anticiper les aléas, les coûts et les difficultés potentielles. Il faut également avoir une parfaite maîtrise méthodologique, et s’assurer du soutien auprès des structures de la filière, d’un conseiller apicole,… Si c’est une activité professionnelle : déterminer le seuil de rentabilité et valoriser les produits. Le miel, principal produit de la ruche, doit être valorisé par son authenticité, ses qualités naturelles, mais également par sa présentation (emballage, informations) et par la multiplicité de modes de consommation.

Véto-pharma remercie M. Schaeffer pour son témoignage et vous invite à témoigner également de votre passion.

Voir le site de l’association Apimoder : Lien